Découverte de la communauté : Le chauffeur nous dépose à la communauté des sœurs où nous retrouvons Anne-Laurence, Claire et Magali (une jeune sœur française qui reste avec nous jusqu’à début octobre). La maison me plaît tout de suite. On passe un grand portail qui débouche dans une cour où pour l’instant des belles fleurs poussent, il y a un corps de bâtiment où se trouvent 6 chambres en enfilade dont la mienne et en face un autre où se trouvent la cuisine et la salle à manger. Il y a aussi un autre bâtiment avec quelques pièces pour le rangement ou pour des invités, et la chapelle. La communauté communique directement avec l’internat des filles par une porte. L’internat est en fait organisé en deux parties : un bâtiment pour les « petites » de la 6e à la 4e et un pour les « grandes » de la 3e à la Terminale, plus des salles de classe pour le soutien scolaire, et le bureau.
Ma chambre est très agréable, avec de l’espace, un lit où j’ai accroché une moustiquaire, une armoire, un bureau, des meubles de rangement et un petit coin douche. Je me suis bien installée et je m’y sens bien.
Concernant les aspects pratiques, l’eau distribuée par la ville est coupée dans la journée donc nous avons tout un système de fûts et de jarres que nous remplissons aux heures où il y a de l’eau : vers 5h-5h30 du matin (avant je ne sais pas, je ne suis jamais levée ! mais en général à 6h ça ne coule plus) puis de 18h à 20h45 environ, les robinets coulent à nouveau… Mais les sœurs m’ont dit que pour l’instant avec la saison des pluies il n’y a pas de problèmes d’eau ; au fil de l’année quand les réserves d’eau deviendront plus rares, les horaires diminueront. La douche avec un seau et une écuelle m’a paru rudimentaire au début, mais je m’y suis faite rapidement, et finalement j’apprécie beaucoup la situation ; on se rend réellement compte que l’eau est précieuse : il faut s’organiser, transvaser, anticiper et ne pas la gaspiller. Et profiter des heures où ça coule pour se doucher !! Quelle joie quand j’allume et que j’entends l’eau monter dans les tuyaux
De même, on n’a pas de frigo à la communauté car le frigo à pétrole que les sœurs avaient l’année dernière a pris feu. Je découvre qu’en s’organisant on peut très bien vivre sans frigo tout en mangeant de tout !
Et par contre on a l’électricité grâce à des panneaux solaires donc pour moi c’est l’essentiel : je peux lire le soir, ou préparer les cours du lendemain. Dans nos chambres, c’est du 12V, donc pas possible de brancher ordi ou chargeur de piles mais il y a une prise dans la communauté avec transformateur pour le 220V.
Découverte de Mongo : A la toute première entrée dans Mongo, je réalise que je n’avais pas du tout imaginé la ville comme ça et que si la route goudronnée s’arrête à Bokoro, c’est qu’ensuite il n’y a plus de bitume, même dans Mongo. Les rues sont en terre battues et beaucoup sont très abîmées par les pluies récentes. Les premiers jours les détritus qui s’y trouvent me frappent beaucoup.
Les premiers jours aussi j’accompagne une ou deux fois Jaffi, notre cuisinier, au marché. Au début, c’est encore plus un choc qu’à N’Djamena : les gens ici me semblent vraiment pauvres et beaucoup d’enfants sont sales. Dans une sorte de halle couverte, Jaffi m’emmène acheter la viande. L’odeur m’est difficile à supporter, la foule de gens qui est là, les mouches volant partout… avec la chaleur en plus, je ne me sens pas très bien. A l’extérieur et sur un espace important, les femmes vendent assises sur des nattes sur le sol divers aliments sous des sortes de branchages qui les protègent du soleil (on appelle ça les sekos). Une image me marque : à un endroit, un bébé assis au milieu de femmes qui vendent des abats de viande assaillis par les mouches dans des écuelles suce un bout de boyau de cette viande.
Je pense que c’est inévitable d’être très marqué par cette pauvreté à l’arrivée ; ce qu’on voit dans les rues est tellement aux antipodes de ce à quoi j’étais habituée. Maintenant, ça fait plus de deux semaines que je suis arrivée et je vois les choses autrement. Au marché, je serre la main des enfants qui viennent dire bonjour, je vois les couleurs, des habits des femmes, des épices et je regarde les sourires.
Sinon, le matin de mon tout premier dimanche, on s’est levées à 5h pour partir marcher et voir le soleil levant dans la campagne et sur les montagnes. Une marche magnifique de presque 2 heures avec Magali, Anne-Laurence et Annick. Les paysages sont vraiment beaux autour de Mongo.
Découverte de la Préfecture Apostolique de Mongo : Claire m’a aussi montré les bâtiments de la Préfecture Apostolique. Pour certains, le terme doit paraître un peu barbare, mais ça veut seulement dire « pré-diocèse », c’est-à-dire que le « Préfet apostolique » est un peu comme un évêque mais toute cette organisation est récente. Avant, Mongo, le Guéra et une grande partie du pays dépendait directement du diocèse de N’Djamena. Maintenant, ce qu’on appelle les « paroisses de la dispersion », dans toute la zone nord-est du Tchad dépendent de Mongo. Leur nom vient du fait qu’il y a très peu de chrétiens dans cette partie du pays. A Mongo même, les musulmans sont en très large majorité. D’ailleurs, comme c’est le Ramadan, on entend les enfants chanter et frapper dans des casseroles en passant dans les rues vers 3 ou 4h du matin pour réveiller les gens et qu’ils mangent avant le début du jeûne au lever du soleil.
Depuis, j’ai aussi été invitée à déjeuner et dîner à la Préfecture Apostolique donc j’ai pu faire connaissance avec tout le personnel : l’évêque Henri Coudray bien sûr, que j’apprécie déjà beaucoup, mais aussi les prêtres tchadiens des villages environnants qui logent à la Préfecture, le vicaire italien, et également Anne-France, secrétaire de l’évêque, une belge venue elle aussi avec la DCC, Lydia, une égyptienne qui s’occupe de l’éducation et la pédagogie etc…
La paroisse de Mongo, elle, est tenue par un prêtre péruvien, Alfredo. Il est jésuite et loge à côté de l’Eglise avec des frères jésuites tchadiens et trois scolastiques jésuites (des jeunes qui se préparent à être jésuites) très sympas : Cyrille, camerounais, Clément, ivoirien et Juan-Carlos, péruvien. Dimanche midi nous étions invitées à déjeuner là encore et l’ambiance est vraiment très sympa !
Découverte des filles de l’internat : le dimanche 17, les premières filles sont arrivées. On a d’abord fait venir les 6e et les 5e seulement pour bien les mettre à niveau avant la rentrée. Dès le lundi j’ai commencé le soutien. Les 6e sont 9 pour l’instant, il en manque une qui n’est toujours pas arrivée. Les 5e sont 4 mais les cours se font avec les garçons 5e de l’internat tenu par les jésuites. Et je ne m’ennuie pas (pour ne pas dire que je bosse beaucoup !) car la tchadienne qui devait faire le soutien en français et en anglais, Damré, a accouché juste le week-end avant que ça commence ! Nous sommes allées la voir avec Claire, dans la case de la concession de leur famille. Elle a accouché dans la nuit chez elle, mais heureusement une sage-femme était à proximité et a pu venir l’aider. Damré était à demi-allongée sur une natte et on n’a pas pu voir le bébé car il dormait recouvert de langes. Nous ne sommes pas restées longtemps mais on s’est assises sur la natte nous aussi et on a pris la bouillie offerte.
Mon emploi du temps des deux dernières semaines c’était donc : 7h30 à 9h30 : cours de français, 10h à 11h30 ou 12h : cours de maths, un matin pour les filles de 6e, un matin pour les filles et garçons de 5e, du lundi au samedi. Ensuite, du lundi au vendredi, je suis en étude de 15h à 17h pour les filles de 6e et 5e au foyer, sauf le mardi et le jeudi où c’était cours d’anglais. Puis étude encore de 19h30 à 20h30. Et maintenant, plus de problèmes du tout pour m’endormir dès 21h
Mais ça se passe très bien, les 6e sont petites donc encore timides même si elles prennent vite de l’assurance ! Et les 5e travaillent bien. Le problème c’est que les enfants ici n’apprennent pas à apprendre. La plupart du temps, les classes à l’école primaire comme au collège-lycée sont surchargées, les profs ne vérifient pas que les élèves ont appris leur cours, et ne donnent quasiment jamais d’exercices à faire à la maison…
Cette année, la rentrée a été annoncée pour le 1er octobre mais c’est plus tôt que d’habitude, le Ramadan n’est pas terminé, les récoltes n’ont pas commencé, la plupart des profs ne sont même pas encore là et certains n’ont pas encore reçu leur salaire pour août donc la grève n’est pas exclue… Mais on a quand même fait venir les « grandes » dimanche, et à l’internat des garçons ils ont fait pareil. Ce qui fait qu’on s’organise pour le soutien et pour boucher les nombreux trous des cours au lycée (qui s’appelle lycée mais couvre en fait l’enseignement de la 6e à la Terminale) jusqu’à ce qu’il y ait un rythme normal…
Donc maintenant, je fais cours de français de 7h30 à 9h30 pour les 5e filles-garçons, puis 10h-11h30 pour les 2ndes, 1ères et Terminales. Plus étude l’après-midi et le soir toujours.
Mais le système éducatif au Tchad et l’enseignement mériteront une rubrique à eux-seuls plus tard…
Enfin, découverte de la boule ! : Le fameux plat dont j’avais tant entendu parler n’est plus un mystère. C’est l’avantage de vivre avec deux tchadiennes. J’ai déjà pu y goûter une dizaine de fois, y compris vraiment « à la tchadienne » : sur une natte, avec la boule et la sauce au centre sur un plateau, les gens assis en cercle autour se servent avec la main droite en faisant des petites boulettes avec leurs doigts, qu’ils trempent ensuite dans la sauce ! La farine pour la boule c’est le plus souvent le mil, blanc ou rouge, et concernant les sauces, il y en a toute une variété. Dans les familles tchadiennes, on mange la boule tous les jours.